On confond souvent ces deux savons parce qu’ils partagent une couleur sobre et une réputation de produit « brut », loin des gels douche parfumés. Leurs fabrications n’ont pourtant presque rien en commun, et le savoir permet de choisir le bon selon sa peau.
Le savon d’Alep, une huile de laurier qui prend son temps
Le savon d’Alep traditionnel associe huile d’olive et huile de baie de laurier, cette dernière donnant son cœur vert-brun caractéristique une fois la pain tranché. Sa fabrication artisanale suit une cuisson longue, puis un séchage qui s’étend sur plusieurs mois, parfois près d’un an, durant lequel le pain durcit et sa couleur extérieure vire au doré en surface tout en gardant son vert en profondeur. Ce temps de séchage n’est pas un détail folklorique : il conditionne la douceur du savon fini, un pain mal séché restant plus agressif pour la peau.
La proportion d’huile de laurier, souvent annoncée en pourcentage sur l’emballage, oriente son usage : une teneur élevée le destine aux peaux sensibles ou à problèmes, une teneur plus faible en fait un savon d’usage courant, corps et parfois cheveux.
Le savon de Marseille, une recette encadrée depuis le XVIIe siècle
Le savon de Marseille répond à une tradition différente, cuite au chaudron dans de grandes savonneries plutôt qu’en petits ateliers. La recette historique, associée à l’édit de Colbert de 1688, imposait déjà des règles strictes sur les huiles utilisées pour qu’un savon puisse revendiquer ce nom : de l’huile végétale, sans graisse animale, avec une teneur en corps gras d’environ 72 %. C’est cette règle des 72 % qui reste citée aujourd’hui comme repère de qualité, même si l’appellation n’est plus juridiquement protégée et se retrouve sur des savons de fabrication très variable.
Un vrai savon de Marseille traditionnel est cubique, sans parfum ajouté, sans colorant, et se dissout progressivement à l’usage sans laisser de résidu gras. Sa neutralité en fait aussi bien un savon de toilette qu’un produit d’entretien pour le linge, un usage double hérité de sa robustesse industrielle.
Une origine bien plus ancienne pour l’un des deux
Le savon d’Alep revendique une histoire beaucoup plus ancienne que le savon de Marseille : la ville d’Alep, en Syrie, fabriquait déjà des savons à l’huile d’olive et de laurier plusieurs siècles avant que les savonneries marseillaises ne se développent, portées par les échanges commerciaux en Méditerranée. C’est cette tradition, transmise d’atelier en atelier, qui a inspiré une partie du savoir-faire installé plus tard à Marseille, alors grand port d’importation d’huile d’olive et de matières venues d’Orient.
Le savon de Marseille, lui, doit sa réputation à un encadrement plus tardif mais très strict : dès le XVIIe siècle, les autorités locales imposaient des contrôles sur la composition pour protéger la réputation du produit à l’exportation. Cette rigueur explique pourquoi le nom a longtemps servi de référence de qualité, avant que l’absence de protection juridique du nom ne permette à des fabricants extérieurs à la région de l’utiliser librement.
Deux savons, deux usages
| Savon d’Alep | Savon de Marseille | |
|---|---|---|
| Huiles | Olive et baie de laurier | Huile végétale, environ 72 % de corps gras |
| Fabrication | Artisanale, cuisson traditionnelle | Cuite au chaudron, savonnerie |
| Séchage | Plusieurs mois, jusqu’à un an | Plus court, séchage industriel |
| Usages | Toilette, peau sensible, cheveux | Toilette et linge |
| Peaux conseillées | Peaux à problèmes, sensibles | Peaux normales, usage quotidien |
Une page consacrée au savon de Marseille détaille cette histoire, utile pour ne plus se fier à la seule couleur d’un pain pour juger de sa provenance. Ce même réflexe de lecture d’étiquette vaut aussi ailleurs : avant d’installer une matière naturelle dans une pièce de la maison, mieux vaut savoir d’où elle vient et comment elle a été fabriquée.




