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L’huile d’argan : de l’arganeraie marocaine à la routine cheveux

Avatar de Ambre Vautrin-Lescarmure

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L’arganier ne pousse à l’état naturel que dans une région précise du sud-ouest marocain, entre Essaouira, Agadir et les contreforts du Haut Atlas. Cette rareté géographique a valu à l’arganeraie d’être reconnue réserve de biosphère par l’UNESCO en 1998, un statut qui protège autant l’arbre que les savoir-faire construits autour de lui depuis des générations.

1. Comprendre d’où vient l’huile

L’huile d’argan est extraite de l’amandon contenu dans le noyau du fruit de l’arganier, un arbre épineux à croissance lente qui peut vivre plusieurs siècles. Sa culture reste largement portée par des coopératives de femmes, qui assurent le décorticage des noyaux, une étape encore majoritairement manuelle malgré la mécanisation partielle du pressage. Ce travail patient explique en partie le prix de l’huile, très éloigné de celui d’une huile végétale produite à grande échelle.

La reconnaissance par l’UNESCO de l’arganeraie comme réserve de biosphère en 1998 a eu un effet concret : elle encadre l’exploitation de la forêt pour éviter la surexploitation et soutient les circuits qui rémunèrent les coopératives locales plutôt que de simples intermédiaires. Choisir une huile issue de ces filières, c’est aussi soutenir cet équilibre entre usage et préservation.

2. Distinguer huile cosmétique et huile alimentaire

Toutes les huiles d’argan ne se ressemblent pas. L’huile alimentaire est obtenue à partir d’amandons légèrement torréfiés, ce qui lui donne une couleur plus foncée, un goût de noisette prononcé et la réserve à la cuisine. L’huile cosmétique, elle, provient d’amandons non torréfiés, pressés à froid : plus claire, avec une odeur plus neutre, c’est la seule à utiliser sur la peau et les cheveux. Une bouteille bon marché qui sent fortement la noisette grillée est probablement destinée à la table, pas à la salle de bain.

3. L’appliquer en bain d’huile

Sur cheveux secs, avant le shampooing, on répartit l’huile mèche par mèche en insistant sur les pointes, puis on laisse poser au moins trente minutes, éventuellement toute une nuit sous une serviette. Ce bain d’huile nourrit la fibre capillaire en profondeur et facilite le démêlage avant le lavage, qui doit suivre pour ne pas laisser de film gras sur le cuir chevelu.

Pour un usage quotidien plus léger, une goutte suffit sur cheveux humides en sortie de douche, uniquement sur les longueurs et les pointes, jamais sur les racines si le cuir chevelu a tendance à regraisser vite. Sur le cuir chevelu sec ou sujet aux démangeaisons, un léger massage avec quelques gouttes peut apporter du confort, sans pour autant traiter une pellicule installée, qui relève d’un avis spécialisé.

4. Comprendre pourquoi elle reste chère

Il faut environ trente kilos de fruits d’arganier pour obtenir un seul litre d’huile, une fois retirées la pulpe, la coque puis l’amandon lui-même, cassé un par un à la main dans les coopératives qui perpétuent ce geste. Cette rareté explique un prix sans commune mesure avec une huile végétale industrielle, et pourquoi les huiles vendues à très bas coût interrogent sur la réalité de leur origine ou sur la part d’huile de coupe ajoutée. Une étiquette qui ne mentionne aucune origine géographique précise est le premier signe d’une huile diluée ou reconstituée.

Le commerce de l’huile d’argan a aussi transformé la place des femmes dans certains villages du sud marocain : les coopératives leur assurent un revenu régulier et une reconnaissance de ce savoir-faire longtemps resté domestique et non rémunéré. Ce modèle économique, encouragé par les programmes liés à la réserve de biosphère, reste fragile : il dépend directement du prix payé à la source, pas seulement de celui affiché en boutique.

5. Vérifier la qualité avant d’acheter

Une huile d’argan cosmétique de qualité est pressée à froid, sans solvant, et conditionnée dans un flacon opaque qui la protège de la lumière, principale cause de rancissement. Son étiquette doit mentionner l’origine marocaine et, idéalement, la coopérative ou l’union de coopératives dont elle provient. Au-delà de la routine capillaire, cette manière d’acheter s’inscrit dans une logique plus large, proche de celle qui guide le choix d’une matière brute pour la maison : privilégier ce qui se trace jusqu’à son origine.


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