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La marinière de Saint-James : lire les rayures et la maille

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Sous une marinière bon marché et une vraie pièce de Saint-James, la différence ne se voit pas toujours au premier regard. Elle se lit dans le nombre de rayures, la densité de la maille et la tenue du coton après dix lavages.

Une tenue réglementaire avant d’être une mode

La marinière naît en 1858 comme uniforme réglementaire de la Marine nationale française : un tricot de corps rayé destiné aux quartiers-maîtres et matelots, pensé pour repérer un homme tombé à la mer sur le bleu de l’océan. Le règlement de l’époque en fixait déjà les proportions précises, bien loin de l’accessoire de mode qu’elle est devenue.

Le mythe des « vingt et une rayures », une par victoire de Napoléon, circule encore largement, mais aucun texte d’époque ne l’atteste : c’est une légende construite après coup, que les historiens du costume s’accordent à écarter. Le nombre de rayures dépend en réalité de la taille du vêtement et du métier à tricoter utilisé, pas d’un symbole caché.

Ce que dit la maille

Une marinière fidèle à l’original se reconnaît d’abord au fil : un coton peigné, dont les fibres longues ont été démêlées avant filage, donne un tricot plus lisse et plus résistant qu’un coton cardé classique. La maille, ensuite, doit être serrée : passée en transparence devant une fenêtre, elle ne doit presque pas laisser filtrer la lumière. C’est cette densité qui empêche le tricot de se déformer au lavage et qui tient les rayures nettes au fil des années, là où une maille lâche se détend au niveau du col et des poignets dès les premières machines.

La coupe d’origine, elle, reste droite et ample, coupée pour être portée par-dessus un pantalon de travail, avec une encolure bateau qui dégage les épaules sans les découvrir.

Les couleurs, une variante plus récente

Le bleu marine et le blanc restent la combinaison d’origine, héritée directement de l’uniforme de la Marine nationale. Les autres couleurs, rouge et blanc, noir et écru, sont apparues bien plus tard, à mesure que la marinière quittait le vestiaire militaire pour devenir un basique de mode à part entière. Elles ne changent rien à la construction du vêtement, seulement au fil utilisé pour teindre les rayures, mais elles permettent de faire varier une pièce que l’on porte souvent sans jamais recourir à un modèle imprimé, contraire à l’esprit sobre de l’original.

L’adapter à une silhouette féminine

La coupe droite historique se prête très bien à un jean taille haute, qui recrée la ligne verticale que le vêtement original dessinait déjà sur le pantalon de matelot. Pour une allure moins stricte, on peut nouer la marinière à la taille par-dessus une jupe, ou la porter légèrement plus près du corps en choisissant une taille en dessous de sa taille habituelle, sans jamais toucher à la longueur des manches, qui doit rester aux trois quarts pour garder les proportions d’origine.

L’encolure bateau, large et dégagée, se marie avec un col roulé fin porté dessous en hiver, ou se laisse simplement seule en été, associée par exemple à des espadrilles dans l’esprit d’une escapade évoquée dans notre rubrique évasion et art de vivre. Pour la genèse de ce vêtement, la notice Wikipédia consacrée à la marinière retrace le règlement de 1858 et son adoption progressive par le vestiaire civil, bien avant que les couturiers parisiens ne s’en emparent au XXe siècle.


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